Résidence « Les Echos du Vivant »

Et si le vivant devenait matière à récit ? Dans le Val-d’Oise, neuf communes de l’Agglomération Plaine Vallée se lancent dans une aventure artistique et écologique unique : Les Échos du Vivant.
Pendant deux ans, la Compagnie Shabano invite les habitants — des plus jeunes aux aînés — à explorer et raconter leur lien au monde vivant grâce à l’écobiographie. Balades sensorielles, créations artistiques, récits sonores et écrits deviennent autant de façons de renouer avec la nature.

La nature, narratrice de nos territoires ?

Margency, Saint-Prix, Andilly, Domont, Bouffémont, Deuil-La Barre en 2025-2026, puis Piscop, Ezanville et Saint-Brice-sous-Forêt en 2026-2027 – neuf communes valdoisiennes traversées par la forêt domaniale de Montmorency, des parcs, des espaces naturels ou encore des cours d’eau… C’est cette nature ordinaire, que l’on côtoie quotidiennement sans la voir, que la Compagnie Shabano a choisi de révéler avec Les Échos du Vivant.

Portée par la Communauté d’Agglomération Plaine Vallée, cette résidence artistique de deux ans (2025-2027) invite les habitants à se reconnecter, sensiblement et émotionnellement, au monde vivant qui les entoure. Une démarche baptisée « écobiographie » : l’art de raconter l’histoire de notre relation intime à la nature.

L’idée n’est pas d’imposer un regard d’artiste sur le territoire, mais de partir des habitants eux-mêmes, explique Valentina Arce, directrice artistique de la Compagnie Shabano. Qu’évoque la forêt de Montmorency pour un enfant de 8 ans ? Quel souvenir d’arbre habite un senior de 85 ans ? Ce sont ces récits, ces émotions, que nous transformons en œuvres collectives.

Une méthodologie en trois temps, inspirée de la nature

Pour déployer cette résidence, la Compagnie Shabano a imaginé une méthodologie en trois temps, pensée comme un cycle naturel.

La Place du Marché ouvre le projet par un temps d’échanges et d’écoute. Les artistes vont à la rencontre des habitants dans les écoles, centres de loisirs, résidences seniors, médiathèques… pour identifier avec eux les lieux emblématiques. Cette première étape permet également de mobiliser la communauté et de poser les bases d’une aventure collective construite ensemble.

Vient ensuite le cœur battant de la résidence : les ateliers. Encadrés par des artistes professionnels, les habitants expérimentent et créent à travers une diversité de formats : balades écobiographiques en forêt avec l’autrice Cécile Fraisse-Bareille, fabrication de totems et ateliers d’ombres et de lumières avec la marionnettiste Edwige Latrille, enregistrements de capsules sonores avec Dorian Vernet. Chaque création prend racine dans une histoire personnelle : un haïku écrit au pied d’un chêne, un souvenir d’enfance confié par un aîné, le murmure d’une rivière capté au fil d’une promenade.

La Ronde des Habitants vient clore ce cycle par un temps de partage et de célébration. Pour l’occasion, l’espace public se transforme en espace de création à ciel ouvert : expositions de totems, parcours sonores immersifs, projections lumineuses et spectacle ExtrasensibleS. Un moment festif et fédérateur où les habitants se réapproprieront ensemble l’espace public, célébrant plusieurs mois de création et de reconnexion au vivant.

Une ambition territoriale et écologique

Au-delà de sa dimension artistique, Les Échos du Vivant porte une ambition écologique forte : sensibiliser les habitants, et notamment les plus jeunes, à la préservation de la biodiversité locale. Une sensibilisation qui se fait sans discours moralisateur ni injonctions, mais par l’expérience sensible, l’émotion et la création.

L’écobiographie, n’est pas une écologie militante, explique Cécile Fraisse-Bareille, autrice spécialisée dans cette approche. C’est une manière de reconnecter les gens à la nature par leurs émotions et leurs souvenirs. Quand un enfant écrit un haïku sur un arbre qu’il affectionne ou qu’un senior évoque la rivière de son enfance, un lien intime au vivant se construit. Et c’est ce lien qui, demain, les rendra sensibles à la protection de ces espaces.

Le projet s’inscrit également dans une réflexion plus large sur l’aménagement du territoire. Les « Rues aux enfants », par exemple, interrogent la place de la voiture dans nos villes et la réappropriation de l’espace public par les habitants tandis que les balades sensorielles invitent à redécouvrir des espaces naturels parfois délaissés.

Une résidence ancrée dans le territoire

Avec Les Échos du Vivant, Plaine Vallée et les communes participantes s’inscrivent dans une dynamique valdoisienne de plus en plus affirmée, à la croisée de la culture et de l’environnement. Soutenu par le Conseil départemental et la DRAC Île-de-France à travers différents dispositifs en faveur de la création, le projet illustre l’essor de résidences artistiques profondément ancrées dans les territoires.

Ce projet s’adresse à tous les publics souligne Anissa Youdarene, coordinatrice Culture à Plaine Vallée. Il touche des enfants qui ne vont jamais au théâtre, des seniors isolés, des habitants éloignés de l’offre culturelle. Et surtout, il s’inscrit dans la durée : deux ans, ce n’est pas un événement ponctuel, mais une transformation en profondeur du rapport au territoire.

La première année de résidence s’achèvera en juin 2026 avec une grande manifestation de rue à Bouffémont, temps fort collectif réunissant les six premières communes engagées. L’aventure se poursuivra ensuite en 2026-2027, avec l’entrée de trois nouvelles communes — Piscop, Ézanville et Saint-Brice-sous-Forêt — et l’approfondissement du travail de création auprès de nouveaux publics.

Pour aller plus loin

Qu’est-ce que l’écobiographie ?

L’écobiographie est une approche narrative qui invite à raconter notre relation personnelle et émotionnelle à la nature. Contrairement à la biographie classique qui retrace une vie, l’écobiographie se concentre sur les moments où la nature a marqué notre existence : un arbre de son enfance, une forêt découverte lors d’une balade, une rivière qui nous apaise…

Popularisée par des auteurs comme Jean-Philippe Pierron (Je est un nous, Actes Sud), cette démarche considère que nous sommes en lien constant avec la nature. En racontant nos « écobiographies », nous prenons conscience de ce lien et développons une sensibilité écologique qui ne repose pas sur la culpabilité ou la peur, mais sur l’amour et la reconnaissance.

Dans le projet Les Échos du Vivant, l’écobiographie devient un outil de création artistique collective : les récits des habitants sont transformés en totems, en capsules sonores, en installations lumineuses, créant ainsi une mémoire sensible et partagée du territoire.

La compagnie shabano, pionnière du théâtre écobiographique

Fondée en 2010, la Compagnie Shabano se spécialise dans le théâtre d’objets, les marionnettes et les arts de la rue. Dirigée par Valentina Arce, elle développe depuis plusieurs années une approche singulière : le théâtre écobiographique.

Ses spectacles, comme ExtrasensibleS (laboratoire itinérant pour penser avec les forêts et le vivant), mêlent ombres chinoises, créations sonores, et récits poétiques pour questionner notre rapport au vivant. La compagnie a déjà mené des résidences similaires dans d’autres territoires, toujours en privilégiant la co-création avec les habitants.

Pour Les Échos du Vivant, la Cie Shabano mobilise cinq artistes aux compétences complémentaires, permettant d’explorer différents langages artistiques : écriture, son, marionnettes, scénographie, chorégraphie.

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